PINOK ET BARBIE

De Jean-Claude Grumberg

(2008)
Prix de la Province de Liège / Rencontres du Théâtre Jeune Public - Huy 2008

On aurait pu finir dans une chemise d’ange… a été créé en mars 2001 au Botanique avec l’aide du Botanique et de Théâtre & Publics. Le spectacle a été repris en mars 2002 au Théâtre de la MeZZa Luna à liège.

Résumé :

Répondant présente à l’appel du cœur du président de sa grande république, Petite Puce, non sans chagrin mais avec grande générosité, décide d’offrir ses deux plus beaux joujoux (= son Pinok et sa Barbie) en guise de cadeaux de noël, aux pauvres petits enfants du Pays Où Les Enfants n’Ont Rien (même pas de chaussures, ce qui explique leur absence sur les bons de livraisons du père Noël)… Les séparations sont déchirantes et le voyage périlleux, mais nos deux héros se sont promis de ne jamais se séparer et de trouver ensemble une petite fille gentille à rendre heureuse. Au bout du compte, toute cette mièvrerie paternaliste occidentale va s’écraser sur le mur lamentable des réalités du tiers monde ; ce n’est, bien sur, pas de quoi jouer (ou alors à la guerre qui, elle, n’est pas un jeu) qui est attendu à l’autre bout du monde, mais de quoi manger. Les jouets sont alors jetés dans le bûché qui permettra de faire cuire la farine de maïs arrivée elle aussi par convoi humanitaire. Alors Barbie fée transforme Pinocchio en vrai petit garçon afin que, tous deux, puissent mettre la poudre d’escampette en évitant celle des canons (arrivés eux aussi par convoi humanitai… heeuuu… génocidaire pardon). Rattrapé par la réalité des pays sacrifiés (sur l’hôtel de notre confort relatif et bientôt lui-même sacrifié sur le palace du confort, bien réel, d’une poignée de salauds), Pinok est enrôlé dans une brigade d’enfants soldats. Au bout du fusil, il y a la terreur des pillages, des massacres et des tortures mais que l’on se rassure, Pinok & Barbie ça fini bien, puisqu’il s’agit d’une fable cruelle, certes, d’un conte politique violent, peut-être, d’une épopée désenchantée, bien sur, mais, avant toute chose, d’une histoire occidentale. Et comme vous le savez sans doute, tout va toujours pour le mieux dans le meilleur des monde.

La pièce propose à la manière d’un récit initiatique voltairien un voyage à la rencontre de la réalité. Le périple de Pinok et Barbie est une levée du voile pudique et paternaliste que nous avons pris soin de placer devant nos yeux « civilisés » pour cacher à nous-même les réelles conditions de vies des enfants du tiers monde. Alors qu’il croyait rencontrer « les mistoufles qui claquent du bec en se frappant le bidon » (sc. 3), Pinok va faire la connaissance des petits guerriers qui , chaque jour, à la fois victimes et bourreaux, luttent à mains armés pour survivre. 
N’en déplaise à notre âme charitable, ce ne sont pas les jouets du Père Noël que « les ombres »  attendent, mais l’espoir qu’un jour l’horreur prenne fin. Faute de mieux, un AK 47 sous le sapin fera l’affaire…

Baptiste Isaia 

D’abord un souvenir personnel : il y a quelques années, ma fille Olga participa avec sa classe à une grande collecte de jouets destinés aux enfants démunis. Elle réunit ses poupées au grand complet,afin de les préparer au départ. Elle leur parla d’une voix suave et persuasive les exhortant à dominer leur peur et à partir confiants : de l’autre côté du monde d’autres enfants les espéraient, les attendraient et les aimeraient de tout leur cœur comme elle-même les aimait. Ensuite, les larmes aux yeux, elle en désigna quelques-unes pour le grand voyage. Hélas, ni elle, ni moi, ni sa mère ne surent comment s’était réellement passé ce voyage, ni où, ni chez qui elles atterrirent ou amerrirent.
Ajoutons a cela la lecture récente de Pinocchio, l’immortel chef-d’œuvre de Collodi, et mon désire de parler aux enfants d’aujourd’hui pour les exhorter à mon tour à ne pas avoir peur du voyage, du grand et unique voyage que sera leur vie. J’espère que ma voix, comme celle d’Olga jadis, sera suave et persuasive, et donnera le goût de vivre malgré tout aux enfants de nos pays qui ont trop de tout, ainsi qu’à ceux qui luttent pour survivre là-bas, au cœur du pays où les enfants n’ont rien.

Jean-Claude Grumberg
Avril 2004 in Pinok et Barbie
ed. Acte Sud Papier, collection « Heyoka Jeunesse »

Mise en scène /Baptiste Isaia
Interprétation / Julie Anson ,Muriel Cocquet, Alexis Garcia, Aurélie Henceval, Maïwenn Meunier, Benoît Randaxhe, Audrey Riesen
Scénographie et costumes / Claudine Maus
Création des marionnettes + conseils manipulation / Pierre Gosselin et Laurent Steppé
Création des masques et maquillages / Dominique Brevers
Création lumières / Manu Deck
Chanson de Pinok (texte et musique) / Benoît Randaxhe
Régie générale / Dylan Schmit
Production / Myriam Riga 

Pinok et Barbie a été créé à Huy en Août 2008 en partenariat avec la compagnie Pi 3,14 avec l’aide de la Communauté Wallonie Bruxelles – Service Théâtre et de Théâtre & Publics, merci à l’ESACT (Ecole Supérieure d’Acteurs de Cinéma et de Théâtre) de Liège.

 

 

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