JOHN ET JOE

de Agota Kristof

(2003)

Résumé :

A chaque même heure de chaque jour, ils reviennent à la même terrasse du même café - puisqu’ils n’ont rien d’autre à faire. Ils n’ont ni famille ni travail ni rien. Ils sont des improductifs. Ils : c’est John et c’est Joe. John, c’est celui qui mène la conversation, qui mène Joe en bateau. Joe c’est celui qui dit «moi ?» à tout propos, c’est celui qui n’a toujours que deux francs en poche, pour le café et le journal du lendemain matin. C’est celui aussi qui achète des demis billets de loterie, qui aurait dû se méfier, et qui se trouvera délesté… Se met alors en route l’implacable logique de l’enrichissement individuel, où tout le monde est ennemi de tout le monde, même celui que l’on croit son meilleur compagnon…

Dans cette pièce, la plus connue d’Agota kristof (auteur(e) de la célèbre et bouleversante trilogie «le grand cahier»), les deux personnages, sortes de cousins germains de Vladimir et Estragon (En attendant Godot) vont apprendre que même s’ils ne possèdent rien ils ont gros à perdre (leur amitié) et que leur seul choix (s’ils l’ont encore) réside entre précarité et solitude. Le monde capitaliste est comme ça. Qui a introduit la rivalité entre les hommes de bonne ou de mauvaise volonté. Où il y a ceux qui possèdent et ceux qui se font posséder.

Tout cela aurait pu être une tragédie en trois actes, avec Agota Kristof, son humour noir et son humanité, c’est une fable simple, intime, émouvante, une comédie sociale, épurée, drôle en trois scènes qui pourrait se passer dans n’importe quel pays où la loterie fait miroiter la richesse aux plus démunis et s’enrichit à leur place.

Longtemps les Etats ont interdit les jeux de hasard grâce auxquels quelques petits malins peuvent facilement s’enrichir aux dépens de nombreux naïfs. Mais l’attrait pour ces jeux est si grand qu’ils les ont finalement autorisés…, à condition d’en être les bénéficiaires. Avant-guerre, la loterie nationale permettait à quelques veuves de subsister en vendant des billets, et aux acheteurs de nourrir un espoir de fortune hebdomadaire.

Aujourd’hui, nous sommes loin de cette activité marginale et bon enfant. Une véritable industrie s’est mise en place qui mobilise presque chaque semaine des foules considérables ; un matraquage publicitaire fait miroiter les sommes fabuleuses que toucheront les heureux gagnants. Mais ces foules ne constituent pas un échantillon représentatif de la population ; les plus pauvres y sont les plus nombreux. Car les plus acharnés à tenter leur chance, malgré les déconvenues répétées, sont ceux dont le seul espoir d’avoir une vie plus digne est de toucher le “ gros lot ”.

Au passage, l’Etat prélève au moins 30% des mises. L’espérance de gain telle que peut l’évaluer un statisticien est largement négative. Ces jeux sont donc l’habillage d’un impôt, l’impôt sur l’absence d’espoir. Plutôt que de se glorifier du succès de cette activité et d’inventer en permanence de nouvelles formules afin de tenter des foules plus nombreuses encore, nos sociétés devraient y voir le signe d’une terrifiante montée du désespoir.

Albert Jacquard
(in J’accuse l’économie Triomphante Ed. Calmann-Lévy)

Mise en scène / Isabelle Gyselinx
Joe / Frédéric Ghesquière
John / Baptiste Isaia
Le serveur / Henri Monin
Scénographie et costumes / François Lefebvre
Création lumières / Joël Bosmans
Espace sonore / Claudine Denis
Régie / Yannick Fontaine
Production / Myriam Rig

John et Joe a été créé au Théâtre de la Place en avril 2003, en coproduction avec le Théâtre de la Place,  avec l’aide de la Communauté Wallonie Bruxelles, et de Théâtre & Publics.

 

 

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